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Dans l’histoire d’une nation, certains événements dépassent la simple dimension familiale, politique ou circonstancielle. Ils deviennent des moments de conscience collective, des rendez-vous avec la mémoire et, parfois, des occasions offertes à un peuple pour renouer avec lui-même.

Le retour à Soulou de la dépouille du feu Patriarche Mberi Martin pourrait être de ceux-là.

Dans cette perspective, la démarche portée par Guy Romain Kinfoussia, doyen de la politique congolaise et président de l’U.D.R.-Mwinda, ainsi que par Montan Magloire, président du Mouvement de la Réussite (M.R.), prend une dimension particulière : celle d'une interpellation adressée à l'ensemble des Congolais pour que la mémoire du Patriarche Mberi Martin puisse devenir un ferment de rassemblement, de sagesse et de réconciliation.

L'enjeu, au fond, dépasse le seul transfert d'une dépouille. Il pose une question essentielle : comment transformer un acte de mémoire en acte de paix ?

Mberi Martin : une mémoire qui interpelle la Nation

Le Patriarche Mberi Martin n'est pas présenté ici uniquement comme une figure appartenant à une famille ou à une communauté. Il est envisagé comme une part de la mémoire collective congolaise, une mémoire dont la portée peut encore contribuer à rapprocher les hommes et les générations.

C'est précisément ce caractère symbolique qui donne au retour à Soulou une résonance particulière.

Car une nation qui honore ses morts ne se contente pas de regarder son passé. Elle cherche aussi, à travers eux, les enseignements susceptibles d'éclairer son avenir.

La dépouille devient alors le symbole d'une mémoire à réhabiliter, d'une histoire à assumer et d'un avenir à construire.

Pourquoi Mberi Martin et Sassou-Nguesso ?

La question mérite d'être posée sans passion, sans procès d'intention et sans lecture exclusivement partisane.

Pourquoi rapprocher, dans cette réflexion, la mémoire de Mberi Martin et la figure du Président Denis Sassou-Nguesso ?

Pour les initiateurs de cette démarche, ce rapprochement relève d'une lecture à la fois historique, politique, humaine et spirituelle des circonstances.

Il ne s'agit pas de confondre les trajectoires, ni d'effacer les divergences qui ont marqué l'histoire politique du Congo. Il s'agit plutôt de considérer que certaines circonstances peuvent offrir aux hommes l'occasion de dépasser les clivages pour rechercher ce qui rassemble.

Dans cette lecture, le retour de Mberi Martin à Soulou pourrait constituer non pas l'aboutissement d'une histoire, mais le commencement d'une nouvelle étape : celle du dialogue, du pardon, de la mémoire apaisée et du vivre-ensemble.

L'interpellation de Montan Magloire : de la mémoire à la tri-réconciliation

Dans un échange consacré à la portée de cet événement, le président Montan Magloire développe une vision qui dépasse le cadre strictement politique.

« Outre Soulou et la famille, le peuple est aussi dépositaire de l’icône Mberi Martin. »

Cette affirmation place la question sur le terrain du patrimoine moral et mémoriel de la Nation.

Pour Montan Magloire, le destin de Mberi Martin serait ainsi lié à une dynamique plus large, dans laquelle le Président de la République occupe également une place particulière.

Son ambition affichée est de contribuer à faire de cet événement le point de départ d'une « tri-réconciliation nationale » : réconciliation des Congolais avec Dieu, réconciliation des Congolais entre eux et réconciliation des Congolais avec l'étranger.

Cette conception donne à l'événement une dimension holistique : l'homme, la société, la mémoire, la spiritualité, la politique et l'avenir national sont considérés comme interdépendants.

Le temps de dépasser les blessures

Le Congo a connu des fractures, des incompréhensions, des antagonismes et des souffrances qui ont laissé des traces dans les consciences.

Mais une nation ne peut indéfiniment vivre prisonnière de ses blessures.

Se réconcilier ne signifie pas nécessairement oublier.
Pardonner ne signifie pas nier le passé.
Dialoguer ne signifie pas renoncer à ses convictions.

La réconciliation véritable suppose au contraire de regarder l'histoire avec lucidité, d'accepter la pluralité des mémoires et de rechercher les conditions d'un avenir partagé.

C'est dans cet esprit que l'appel lancé autour du retour de Mberi Martin à Soulou peut être entendu comme une invitation à transformer la mémoire en passerelle plutôt qu'en frontière.

Les sages et la transmission intergénérationnelle

Les références aux rencontres avec le sage Mpika Tsiomo, Yéni et d'autres acteurs de la mémoire traditionnelle et sociale congolaise donnent également à cette démarche une dimension intergénérationnelle.

Le rôle des anciens, dans les sociétés africaines, ne se limite pas à la conservation du souvenir. Ils sont également porteurs de repères, de récits et de valeurs destinés aux générations futures.

Dans cette perspective, l'évocation de la mémoire du passé n'a de sens que si elle permet de préparer l'avenir.

Le dialogue entre les générations devient alors une nécessité nationale : les anciens transmettent, les générations présentes assument et les générations futures héritent.

Honorer ceux qui nous ont précédés, c'est donc aussi accepter la responsabilité de ce que nous transmettrons à ceux qui viendront après nous.

Un événement qui doit appartenir à tous les Congolais

L'une des conditions essentielles de la réussite d'une telle démarche réside dans sa capacité à dépasser les appartenances.

Le retour de la dépouille du Patriarche Mberi Martin ne devrait pas être enfermé dans une lecture exclusivement politique, familiale, régionale ou partisane.

S'il doit devenir un événement de réconciliation, il doit être porté par un langage qui rassemble.

Cela implique de bannir les accusations inutiles, les procès d'intention, les récupérations partisanes et les surenchères émotionnelles.

Le véritable hommage rendu à un Patriarche ne réside pas seulement dans la cérémonie qui accompagne son retour. Il réside également dans la capacité de ceux qui lui survivent à construire davantage de paix entre eux.

Dieu, la mémoire et la responsabilité humaine

Dans la vision exprimée par les promoteurs de cette initiative, Dieu occupe une place centrale.

Ils voient dans les circonstances entourant ce retour une possibilité particulière offerte au peuple congolais.

Que chacun partage ou non cette lecture spirituelle, une idée demeure universelle : aucune réconciliation nationale ne peut réussir sans une transformation des comportements humains.

La paix ne se décrète pas seulement depuis les institutions.

Elle commence dans les consciences.

Elle se construit dans les familles, dans les villages, dans les quartiers, dans les associations, dans les formations politiques, dans les lieux de culte et dans toutes les composantes de la société.

Elle exige l'écoute, le respect, la dignité et la capacité à reconnaître l'autre comme un compatriote avant de le considérer comme un adversaire.

De Soulou au Congo : transformer un symbole en dynamique nationale

Le véritable défi est donc de savoir ce que le Congo fera de cet événement.

Si le retour à Soulou demeure uniquement une cérémonie, son impact restera limité dans le temps.

Mais s'il devient un acte fondateur d'une nouvelle culture du dialogue, alors sa portée pourrait dépasser largement le cadre de la famille Mberi Martin.

Il pourrait ouvrir une réflexion nationale sur la mémoire, la réconciliation, le pardon, la cohésion sociale et la transmission intergénérationnelle.

C'est ici que la démarche de Guy Romain Kinfoussia et de Montan Magloire prend tout son sens : interpeller les Congolais afin qu'ils ne laissent pas passer une occasion de réflexion collective.

L'appel à l'unisson et à la sagesse

Au peuple congolais, le message pourrait finalement être simple :

Ne faisons pas de la mémoire un champ de bataille. Faisons-en un lieu de rencontre.

Que chacun puisse venir avec son histoire, ses blessures, ses convictions et ses espérances, mais avec la volonté de rechercher ce qui unit.

Le Congo a besoin de ses divergences lorsqu'elles nourrissent le débat démocratique. Il n'a pas besoin de divisions lorsqu'elles deviennent une fatalité.

Le Congo a besoin d'une mémoire qui éclaire, et non d'une mémoire qui enferme.

Il a besoin d'une politique qui rapproche les citoyens, d'une spiritualité qui élève les consciences et d'une société qui fasse de la dignité humaine une valeur cardinale.

Mberi Martin : le retour comme commencement

Le retour de la dépouille du Patriarche Mberi Martin à Soulou pourrait ainsi être compris comme un symbole : celui d'un retour aux racines pour mieux préparer l'avenir.

Revenir à Soulou, ce n'est pas seulement revenir vers une terre.

C'est revenir vers une mémoire.

Et revenir vers une mémoire peut aussi signifier retrouver le chemin de l'autre.

Dans cette perspective, la question « Pourquoi Mberi Martin et Sassou-Nguesso ? » trouve sa réponse dans une volonté affichée de transformer une circonstance historique en opportunité de rapprochement.

Reste désormais à faire en sorte que cette opportunité ne soit pas confisquée par les passions.

Que la mémoire de Mberi Martin soit honorée.
Que Soulou soit un lieu de dignité.
Que le dialogue soit privilégié.
Que les blessures puissent progressivement cicatriser.
Et que la réconciliation congolaise cesse d'être seulement un idéal pour devenir une responsabilité partagée.

Car, au-delà des hommes et des circonstances, une conviction demeure : un Congo meilleur ne pourra être construit que par des Congolais capables de se parler, de se respecter et, finalement, de se reconnaître comme les enfants d'une même Nation.

Dieu vous aime. Le Congo nous appelle. À nous de répondre avec sagesse, responsabilité et amour du prochain

 

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